Vous êtes dans : Accueil > Actualité > Exposition "Gens de Mer Gens de Terre"

Exposition "Gens de Mer Gens de Terre"

Gens de mer et terre

Le 14 Août 2014
La Commune de Loctudy, Le Sioca et l'association histoire d'écrire présentent l'exposition dans le nouveau parking de la rue du Port « Les mots qui viennent…sur le port de Loctudy » avec les mots des « gens » mis en forme par Michel Suzzarini dans le cadre des ateliers d'écriture MSE (Mouvements Spontanés d’Ecriture).

Mettre l’habitant et celui qui vient de l’extérieur au cœur d’un territoire afin qu’ils en deviennent acteurs !
Une action soutenue par de nombreux partenaires dont la Région Bretagne, diverses communes du Pays Bigouden, Le Sioca, l’Aocd, divers commerçants et habitants. Les mots en intégralité en cliquant sur l'article.

Loctudy

d’où je suis je peux marcher jusqu’ici mes enfants l’aiment cette mer
ils ne peuvent s’en défaire un travaille à la coopérative
un joli coin
un peu mort
un peu désert
mais si tranquille
je me baigne tous les jours de l’année
je me sens bien
je me ressource
et si je veux du bon poisson
de bonnes langoustes
je viens ici
et nous
venteux
un seul canote qui est passé
les maisons qui sont là
mais pas une tête qui en sort
nous sommes des brasseurs d’air
ceux qui viennent pour respirer
les odeurs les senteurs les couleurs
les sternes au loin à tire d’ailes
le vent qui chante dans les auvents
des mats qui claquent à contre temps 3
ça fait du bien et ça détend
une bonne fatigue qui nous attend
le bout là-bas isolé comme une île
mais pas un chat qui vive sur les quais
pourtant c’est le printemps
ici des rencontres des amis
nous sommes ravis
nous venons chaque année depuis si longtemps
ce pays nous convient
nos parents une boutique à Rennes
le charme de l’identité bretonne
des mecs qui en ont
des femmes qui en font
nos repères sont ici
les intempéries
la rudesse des vies
marcher avec le vent dans la gueule
et sourire au coucher du soleil
nous aimons ça
il fait toujours beau ici
une région phare de la France
de l’air et de l’authentique
coule en nous un peu d’eau salée dans nos veines
et moi
mon métier m’amène près de ce lieu
mais comme agriculteur
autrement
ça ne m’intéresse pas
je préfère la forêt
quand j’étais plus jeune
le temps m’a manqué
pour découvrir la mer 4
on me disait souvent
qu'elle était dangereuse
alors
pourquoi y aller seul
j’évitais le danger
et moi
voir la mer une fois par semaine
même si j’habite en pleine campagne
j’aimerais faire du bateau
aller sur l’eau
mettre vingt euros de côté
partir pour les Glénans
maquereau morue dans mon ventre
travail et bateau pour les vendre
et moi
j’ai l’habitude de venir ici
je viens quelques heures tous les jours
le calme règne
l’activité s’en va
un peu plus l’été
de l’autre côté
des gens vont à la pêche
le port est protégé
même quand la tempête vient
avant j’étais marin
la moitié de mon temps
j’ai fait le tour du monde
l’occasion de bouger
ça change tout le temps
toujours à voir quelque chose
à entendre ou à faire 5
un bateau qui part peut prendre la même route
toujours quelque chose de nouveau
jamais dans l’identique
un métier de passion
un amour à avoir
pour le vivre pleinement
et moi
plus de bateaux
ça diminue tous les ans
pêche d’antan
plus maintenant
la mer
la pêche
le fait de naître ici
une habitude
de père en fils
tu vas sur le port où tu nais
toute une ambiance qui s’y crée
entre nous la simplicité
et nous
nous sommes tous un peu chômeur
à défaut d’être pêcheur
à faire marée
allez à la pêche à pieds
conduire un transport de marée
ou débarquer le poisson
nous sommes tous un peu chômeur 6
de cette surexploitation des fonds
augmentation sans partage
de la pêche industrielle
des chaluts pélagiques
quand ils passent y a plus rien
des grands fonds pathétiques
disparition des poissons
et moi
désolation
je suis trop vieux
désolation
plus de bateaux dans le port
combien en restent-ils
que cherche-t-on
à le fermer
des bateaux que l’on pourrait garder
mais personne ne s’engage
personne n’ose prendre ce risque
ce n’est plus pour nous
quand on voit tous les irlandais
et autres pêches françaises
ce n’est plus pour nous
la pêche une vocation
pour nous désolation
la joie est partie avec les bateaux
tout fout l’camp ça m’énerve
l’impression qu’ils veulent le détruire
avec la bénédiction de Bruxelles
avant le passé plus vivant
la volonté des marins pêcheurs
il y avait des hommes qui construisaient le port 7
il y avait des hommes qui animaient le port
il y avait des hommes qui échangeaient entre eux
qui partageaient leurs sorts et qui n’avaient pas peur
du mot chômage
quelque soit leurs âges
les subventions n’existaient pas
les hommes se débrouillaient
pour acheter leurs bateaux
les subventions sont tombées
par paquets
les subventions ont cassés
ont détruits les casiers
les filets
les esprits libres d’aller où ils voulaient
paradoxe et intox pour une mort annoncée
on donne d’un côté et on détruit de l’autre
incohérence de personnes qui ne sont pas sur l’eau
incompétence de personnes qui ont les pieds dans le même
sabot
Que les gens crochent dedans avec toute leur fierté
mais on n’en prend pas le chemin
que les gens crochent dedans de toute leur volonté
mais les marins sont devenus des assistés
les jeunes s’y investissent de moins en moins
l’école le lycée maritime
qui les forme pour être marins pêcheurs
résultat vont ailleurs
marine marchande ou autre
plus régulier et moins sensible
la pêche il faut aimer
des patrons disent à leurs fils 8
« tu viendras pas en mer »
et ils se plaignent après du manque d’équipages
j’ai dit à mes fils « venez voir »
ils ne sont pas restés
le métier est trop rude
la paie est trop mouillée
le temps est trop long
le métier se perd
et moi
quand j’ai commencé le métier
on pouvait traverser de chaque côté
sur les côtiers alignés
quand je regarde devant
il en manque beaucoup
j’ai commencé à 16 ans
habitué là dedans
au début le mal de mer
je devais faire mon travail
pas facile quand tout remonte en bouche
14 jours sans poser pieds à terre
à crocher sans répit dans l’océan
à suivre les années passer devenant père
sans voir les gosses grandir
tout le monde le fait pas
aujourd’hui on le voit
plus beaucoup de marins
les jeunes qui s’en éloignent
et ceux qui s’intéressent
demandent la paie et le temps que ça prend
posent tant de questions qu’ils en perdent le fil
manquent de motivation cherchent à être tranquilles
difficile de savoir quel sera l’avenir 9
et moi
je suis né ici
un triste état pour un triste constat
tellement de vie avant
tellement d’envie devant
maintenant y’a plus rien
je ne viens plus souvent
trop déprimant
plus de retour possible
dommage sans hommage
la fin d’une époque
j’ai fait ma carrière sur la mer
en tant qu’officier de la Marine Marchande
à 18 ans je suis parti
ça ne s’explique pas
tu pars sans billet de retour
tu engages ta vie
la mer
il faut la connaitre
savoir aller dessus
apprendre ses caprices
et moi
la misère pour les pêcheurs
la misère noire
dur pour eux les lois et les plans
les kilowatts à gérer
selon ce qu’ils débarquent
selon ce qu’ils remplissent
les repreneurs passent leur tour
l’état paie le bateau et l’envoie à la casse
et l’équipage cherche qui peut 10
les gens sont épuisés de bosser pour si peu
un malaise qui s’installe
à devenir racistes
travailler plus pour gagner plus qui ne s’avère pas
plus de consciences professionnelles par manque de repères
des taxes qui s’ajoutent aux frais qui se déversent
alors à un moment donné je vais y croire ailleurs
mais mon enfant me fait rester ici
j’aime trop mon pays
et nous
sur Léchia sur le Guil
moins souvent ici
plus désertique
plus calme
on l’a connu avec son activité
plus dense plus intense
on vient boire nos petits cafés
la Bretagne éternelle
nous sommes à la retraite
le maître mot qui nous entraîne
à prendre du recul sur nos vies nos métiers
on dit que la Bretagne il pleut tout le temps
des images pour les parisiens
laissez-nous la Bretagne
nous cassez pas les pieds
allez au Portugal ou en Espagne
on se repose ici on a déjà donné
laissez-nous appréciez
tout ce beau paysage
les côtes et les rochers
on ne s’en lassera pas 11
je dis que la Bretagne il y pleut tous les temps
ici un autre monde ou presque
le pays bigouden
tourné vers ses ports ses arrières ports
où les bateaux disparaissent
où les bateaux se dépècent
ici un autre monde
un pays qui m’inonde
qu’il faudrait préserver
ce métier qui fait vivre
tant de monde sur la côte
sans oublier nos yeux
qui aiment voir ces gens
des exemples de travail
plutôt que d’aller voir
des gens en tong sur les plages
de la vie qui part
de la vie qui reste
et moi
le port
le lien
basculer dans un autre monde
ne plus être sur terre
vivre un voyage
et moi
femme de marin pêcheur
j’ai vécu l’histoire du port
j’en ai vu l’évolution et ses contradictions
je ne peux plus y aller 12
un no man’s land
orpheline de tout ça
mon mari comme moi
une zone où il a froid
le sang gonflé d’émoi
à croire qu’il est bien tard
il ne regarde plus pareil
lorsqu’il la voit
il crache dedans
avant
le métier de marin
une fierté
un respect
l’aventure au quotidien
ça attirait
ça échangeait
ça drainait toute une population
un dynamisme
qui développait un champ économique et humain
les bruits des moteurs qu’on entendait arriver
les bateaux à la queue leu leu
des enfants qui restaient au pays
mais des marins trop souvent égoïstes
que ne sont pas projetés ni investis
qui n’ont pas suggéré
qui sont restés individualistes
même s’ils sont solidaires dans les coups de tabac
en 25 ans le début et la fin
à une vitesse incroyable 13
le rituel s’est perdu
l’émotion qui monte
dès qu’on met les mots
l’émotion qui gonfle
dès qu’on met le doigt
la parole libère
des gens en souffrance
pas en indifférence
maintenant
je me suis adaptée
j’ai rencontré
et j’ai appris
un chemin de fait
qui m’autorise à l’accueil
sans m’enlever l’émotion
« je veux qu’on respecte ces gens là »
la ville à une âme
le respect de la mémoire
la défense de son identité
le rejet des multinationales
des capitaux placés
de ce moment un peu fragile et risqué
qui peut en faire une ville sans âme
la ville à une âme
jusqu’à ces enfants qui font le choix de non carrière
qui préfèrent rester ici d’un emploi sans avenir
de petites vies au rythme des marées
de sensations au rythme de l’océan
il a parlé plaisance
j’en étais presque choquée
dans la bouche d’un marin
il a parlé plaisance 14
dans un port des bateaux
une logique implacable
ne pas les opposer
ne sont pas du même ordre
pas du même univers
n’ont pas la même vie
avec un autre rythme
d’autres réalités
d’avoir croché dedans
de remonter les cordes
de vivre ici
je me sens bien chez moi
et nous
limiter la pêche industrielle
et augmenter la pêche artisanale
pour garder de l’emploi à visage humain
le port
un ensemble qui bouge
port de pêche
port de plaisance
ils se côtoient mais ne sont pas ensemble
garder le port
éviter le bétonnage sur toute la côte
limiter l’urbanisation
ne pas aller plus loin
nous sommes tous d’accord
plutôt grossir les bourgs
de l’intérieur pas aux abords
Développer la France rurale
garder la vie dans les campagnes
la campagne à la mer 15
que le pays reste vivant
qu’il ne se meurt pas
Marina pas envie
même si ça peut faire vivre
faire la comparaison
regarder son passé
prendre en compte les anciens
se rapprocher des jeunes
et construire l’avenir
que tous ces jeunes qui veulent rester
qui aiment leur pays
puissent y trouver leur emploi
l’avenir à travers le tourisme
l’avenir à travers le travail
avec un littoral à préserver
à ne pas défigurer
un avenir vivant
pour éviter un sanctuaire
les musées et pèlerinages
un avenir changeant
pour éviter les franchisés
les mêmes enseignes
pour éviter mille villages identiques
l’argent derrière qui bouffe tous les sceptiques
et devenir comme un centre Leclerc
un avenir pour attirer les gens à nouveau dans les bourgs
pour créer des échanges des points de rencontre
comme au Québec où les gens viennent en centre ville 16
pour récupérer leurs courriers à vélo ou à pieds
proche de chez eux mais pas chez eux
comme avant la télévision où les gens discutaient
allaient dans la rue se rapprocher de leurs voisins
pour éviter
« la femme qui fait la bouffe et l’homme qui travaille à l’étage
elle qui lui envoie un email pour lui dire que c’est prêt »
recréons du collectif comme encore dans quelques sports
dans quelques associations et activités
Que les gens d’ici et les touristes
s’apprivoisent le plus vite possible
pour découvrir leurs douceurs et leurs saveurs
sauvegarder la loi 76
interdiction de construire sur le littoral
un avenir où le béton et le bitume ne prennent pas la place de
nos terres
un avenir où le port garde sa vie
entouré de jeux pour les enfants
de tables qui invitent à l’escale
de petits bancs qui invitent aux regards
de petites fleurs qui invitent aux sourires
et à donner un mot pour rire
même si ça peut faire réfléchir
que le port de la coiffe devienne obligatoire
ça divisera la circulation par deux
que le port revienne à la population
qu’elle se l’approprie
comme un lieu d’échanges de vie et d’ancrage
d’odeurs et de bruits
comme un lieu de mémoire associée à la conscience du
présent 17
comme un lieu de rencontres associées aux possibles des gens
comme un lieu de défense de la culture
quelque chose qui coûte et ne rapporte pas
mais qui crée l’image qui le valorise
comme un lieu d’exposition et de création
comme un lieu où défilent les générations
pour que les gens se retrouvent à nouveau
sans qu’il ne soit trop tard pour de bon
préparer l’avenir de la commune
en développant ses atouts
on ne peut pas se défendre en se fermant à l’autre
les richesses sont partout
que cet espace appartiennent à tous
économiquement culturellement et humainement
sans être manipulé utilisé par d’autres
un enjeu important fragile et délicat
des décisions à prendre
avec des risques d’impacter lourdement le pays
si elles sont capturer par ceux qui ne sont pas d’ici
ceux qui ne respectent pas l’âme de la ville
avec des choix de développer harmonieusement le pays
si elles sont confiées aux gens qui vivent sur ce territoire
dans leurs champs de potentiel et de savoir
dans la résonnance de leur histoire
par la force de leur présence
dans le respect de ce que les gens ressentent 18
que tout le monde avance ensemble
ensemble
ensemble
pour éviter les inégalités
là est le sens du politique et de toute sa noblesse
là j’aimerais être politique l’acteur de la cité
ensemble
mots de « gens de mer et gens de terre » rencontrés sur le port,
 accompagnés par la plume de michel

Noter cet article

Moyenne : 3

Nombre de votants : 1108

Laisser un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération, ils seront visibles après validation du webmestre.