Pierre Quillivic

« Dans le cadre du projet muséal, cette notion renvoie, en premier lieu, à l’histoire des ouvrières, des soudeurs et de la famille Le Gall. Je trouve dans cette histoire des parallèles avec ma propre histoire familiale. Ce projet nous permet de faire œuvre de mémoire de ce tissu industriel qui a fait la richesse de notre région, de rendre hommage à ces savoirfaire et connaissances de ce métier, dans lequel j’ai évolué tout au long de ma carrière, et, personnellement, de faire honneur à mon propre héritage familial. « 

Après avoir passé toute sa carrière dans l’industrie agroalimentaire, la conserve des produits de la mer comme directeur technique et responsable de production, Pierre Quillivic a mis son énergie, sa détermination et ses connaissances au service de l’action municipale et de l’association des Amis de la conserverie Alexis Le Gall (ACAL). Défenseur de la première heure du projet muséal de la conserverie, il assure actuellement, sous sa deuxième mandature, le suivi du projet dans sa phase opérationnelle, en tant que 3e adjoint en charge des travaux de la conserverie, du développement numérique et de la mobilité de la ville de Loctudy. Il a accepté de revenir avec nous en détail sur son parcours et sa contribution au projet.

Question 1 : Pouvezvous nous décrire votre parcours professionnel ?

Actuellement à la retraite, j’ai réalisé presque toute ma carrière dans l’industrie de la conserve de poissons, pour des grandes marques bretonnes.

Après avoir suivi une formation en IUT d’automatisme, génie électrique à Lannion, j’ai commencé ma carrière chez Paul Chacun au Guilvinec en 1980, auprès de mon père, directeur de l’usine, Je suis rentré dans l’entreprise en tant que technicien en automatisme, au tout début pour cette industrie des premières implantations d’automates programmables.

Par la suite, j’ai travaillé comme commercial dans une entreprise quimpéroise de construction de matériel pour les industries agroalimentaires, puis dans une biscuiterie industrielle.

En 1994, je suis ensuite revenu dans mon métier d’origine, la conserve de poissons au sein de la société COBRECO à Douarnenez, au poste de directeur technique et responsable de production. Cette entreprise exploitait, d’une part, ses propres marques commerciales, Arok, Jacq, Les Perles du Faou et d’autre part réalisait du remplissage de produits de la mer en conserve (thon, maquereau, sardines, coquilles SaintJacques) à destination de la grande distribution.

L’intérêt que je porte à cette industrie est lié à mon héritage familial. Mon père a, lui aussi occupé, des fonctions de directeur au sein de plusieurs conserveries, Gendreau « Sardines des Dieux » à St GillesCroix de vie, les Conserveries de France et la société Paul Chacun au Guilvinec. Mon grandpère était également directeur de la conserverie « Goyen » à Poulgouazec. Mon arrièregrandpère, soudeur de boîtes à Audierne, a vu la mise en place des premières sertisseuses dans les conserveries des ports bretons au début du XXe siècle.

J’ai effectué une première mandature en tant que simple élu participant à diverses commissions et au conseil municipal. C’est à cette occasion que j’ai découvert le projet de la conserverie, porté par Jean Laouenan, en tant qu’adjoint aux finances, au développement économique et touristique de la ville. Dans le cadre de cette seconde mandature, en tant qu’adjoint au Maire, j’ai repris le dossier de la conserverie qu’avait impulsé Jean et avec qui j’ai travaillé sur ce projet au cours des années précédentes.

Question 2 : Qu’estce que vous inspire la notion de Patrimoine ?

Sur le plan du chantier muséal mais également d’un point de vue personnel, la notion de patrimoine me semble primordiale. Ayant fait toute ma carrière dans l’industrie agroalimentaire, j’ai assisté avec douleur à la fermeture de conserveries, notamment celle où j’ai débuté ma carrière, l’usine Paul Chacun, basée au Guilvinec. C’est toute une économie qui a pris fin et laissé sans emploi de nombreux salariés. C’est
pourquoi le projet muséal de la conserverie Alexis Le Gall ne pouvait me laisser indifférent. Le fait de pouvoir redonner vie à ce patrimoine était une opportunité à saisir sans hésiter, car aucun projet mémoriel sur les nombreuses conserveries qui ont marqué l’histoire du territoire n’avait été entamé jusqu’alors. Il ne restait pas de trace de ces usines, hormis quelques travaux historiques à l’image de ceux réalisés par Joseph Coïc sur les outils de la conserve dans le pays bigouden. Aucun musée industriel sur les conserveries n’avait émergé jusqu’ici sur le territoire alors même que ces établissements ont marqué l’histoire économique de notre région, notre département, le Finistère, et notre territoire proche, le Pays Bigouden.

A Loctudy, nous avons la chance de bénéficier de ce témoignage industriel, cet outil qui est certes petit par rapport aux grandes conserveries qui ont stimulé l’économie du Finistère, mais qui reflète bien l’activité historique de la mise en conserve sur notre territoire breton. Cette activité fut essentielle d’un point de vue économique, notamment pour les femmes qui bénéficiaient par là d’une source d’activité et de subsistance, pendant que les hommes étaient en mer.

D’un point de vue personnel, la notion de patrimoine me parle profondément. Dans le cadre du projet muséal, cette notion renvoie en premier lieu à l’histoire des ouvrières, des soudeurs et de la famille Le Gall. Je trouve dans cette histoire des parallèles avec ma propre histoire familiale. Je m’y retrouve pleinement. Ce projet muséal me permet ainsi de faire œuvre de mémoire visàvis de ce tissu industriel
dans lequel j’ai évolué tout au long de ma carrière, de rendre hommage à ces savoirfaire et connaissances de métier, mais également de faire honneur à mon propre héritage familial. C’est aussi une manière den faire le deuil puisque je suis le dernier descendant de ma famille à avoir travaillé dans ce secteur d’activité.

Question 3 : Pouvezvous nous parler de votre rôle dans le cadre du projet muséal de la conserverie Alexis Le Gall ?

J’ai commencé à participer au projet muséal quand celuici a été pris en charge par la mairie, il y a quelques années. A l’invitation de Jean Laouénan, j’ai participé aux premières réunions de travail sur le dossier en tant qu’élu municipal et membre de l’association des Amis de la conserverie Alexis Le Gall (ACAL). Ces réunions visaient à rassembler les données sur la conserverie et à sélectionner celles que nous jugions pertinentes à présenter au public dans le cadre du projet muséal, tout en réfléchissant à la manière dont nous allions raconter cette histoire, celle de l’épopée industrielle de la conserve de poisson. Ce travail s’est déroulé sur plusieurs mois au cours de sessions pilotées conjointement par Jean Laouénan et le président de l’ACAL.

La deuxième phase de travail sur le projet muséal à laquelle j’ai participé concerne la restauration du bâtiment et du mobilier. De par mes connaissances techniques sur les machines (sertisseuses, autoclaves, bassines à frire, séchoir, moteurs à vapeur), j’ai été sollicité par Jean Laouenan pour l’accompagner sur cet aspect du dossier aux côtés de Loic Fortun, directeur des services techniques de la municipalité de Loctudy. J’ai apporté des connaissances précises, liées à mon expérience professionnelle spécifique au métier de conserveur, afin de permettre une restauration du bâti et de ses collections aussi fidèle que possible.

J’ai appuyé la démarche de Jean Laouenan sur ces aspects techniques puis lors du changement de mandature, par délégation de Madame Zamuner, Maire de Loctudy, j’ai pris la suite sur le suivi du dossier. A cette occasion, j’ai accompagné le cabinet d’architecture Lizerand en charge de la maîtrise d’œuvre sur le chantier, notamment sur le respect du cahier des charges d’exigences de l’Architecte des Bâtiments de France, l’ensemble du site (maison de maître, usine et mobilier) étant classé aux Monuments Historiques. Avec l’appui et les conseils très professionnels de Laurent Le Tartesse, responsable financier de la mairie de Loctudy, j’ai accompagné le suivi strict des budgets alloués au projet, afin d’éviter tout potentiel dépassement.

En parallèle de la restauration du bâtiment, il a fallu trouver des entreprises bretonnes disposant du savoirfaire nécessaire pour restaurer certains matériels et machines de l’usine. Pour le mobilier en bois, la tâche n’a pas été trop ardue car on trouve facilement des artisans d’art qualifiés. Sous la gouverne de Marie Prigent, les membres de l’association des Amis de la Conserverie Alexis Le Gall ont également apporté leur aide à cette restauration. En revanche, sur la restauration de machines telles que les sertisseuses, moteurs à vapeur, chaudière, on ne peut pas dire qu’il existe beaucoup de restaurateurs spécialisés. Pour cette mission, en faisant appel à mon réseau professionnel, sous forme de mécénat de compétence, des sociétés telles que Franpac de Douarnenez pour les emballages métalliques, la Société Nouvelle de Mécanique basée à Quimperlé sur la partie restauration mécanique des machines, Sertico pour tout ce qui touche aux tuyauteries de vapeur ainsi que la Compagnie Bretonne située à Penmarc’h nous permettant de réaliser les vidéos métier des différentes étapes de fabrication ainsi que le remplissage de boites de sardine à la marque Alexis Le Gall. Ces différents entreprises nous ont permis de mener à bien cette restauration et de présenter un vrai parcours.

Question 4 : Quels sont les grands défis que vous avez eu à relever dans le cadre de ce projet muséal ?

Je pense que c’est mon prédécesseur Jean Laouenan qui a relever le plus grand défi, celui d’impulser une dynamique viable pour démarrer le projet, de lui définir une feuille de route pour sa mise en place opérationnelle dans le temps. Il est parvenu à convaincre les acteurs qu’il a mobilisé autour de lui, en premier lieu, le conseil municipal, les bénévoles de l’association ACAL puis les partenaires financiers. Il est allé avec son bâton de pèlerin chercher les subventions nécessaires pour financer le projet, en frappant à toutes les portes.

De mon côté, le défi à relever fut d’assurer le suivi du projet, dans la continuité de ce qui avait été amorcé par mon prédécesseur, que ce soit sur les travaux, le budget ou dans les échanges avec les maîtrises d’œuvre et les différents prestataires dans un contexte particulier de crise sanitaire.

Parmi les enjeux que j’ai suivi avec la plus grande attention, figure la restauration des machines de l’usine. Ces dernières sont très spécifiques à ce secteur d’activité, à l’image des sertisseuses. Elles impliquent des techniques de restauration bien particulières. Dans ce contexte, il était essentiel d’échanger régulièrement avec les entreprises partenaires afin de s’assurer que la restauration préserve l’authenticité et l’intégrité de cet outil de travail.

Sous la maitrise technique de Marie Prigent, dans la continuité de Jean Laouenan, du travail des membres de l’association, du pilotage du nouveau directeur du futur musée Johan Verdier, nous avons porté une attention particulière à l’accompagnement du scénographe et du muséographe, de façon à ce que l’histoire racontée soit conforme au témoignage de la famille Le Gall, à ce qui a pu être vécu par les personnes ayant travaillé dans cette conserverie. Un des défis majeurs sur la muséographie a consisté à faire les choix les plus avisés sur le contenu qui allait être présenté au public. En soi, il y a énormément de choses à raconter sur l’épopée de la sardine et l’histoire industrielle, mais il était primordial de trier l’information. Il a également fallu faire des choix sur les moyens et supports d’information. Ce métier est essentiellement une industrie de main d’œuvre, nous avons pris le parti de recourir à des projections de type holographique à l’échelle 1 afin de représenter les gestes du métier (étêtage, emboîtage, huilage) qui sont au cœur du discours muséographique.

Question 5 : Quel est votre plus beau souvenir sur ce projet muséal ?

Des beaux souvenirs sur ce projet, il y en a plein.

Le premier que je pourrais citer concerne l’œuvre de mémoire de ce métier, de celui de ma famille, de nombreuses et nombreux bigoudens et loctudistes qui ont travaillé dans ces usines. C’est pour moi un vrai plaisir et une fierté pour ce projet puisqu’il nous permet de faire honneur à ce métier qui a fait vivre et fait vivre encore autant de personnes.

Un autre souvenir que je pourrais citer concerne la rencontre et l’échange avec les personnes qui ont participé à ce projet. Ce dernier m’a permis de nouer des relations de travail et des liens d’amitiés et de partage. C’est notamment le cas avec les membres de l’association et son président, PierreJean Desfossé. Nous nous étions rencontrés lors de présentations diverses et variées, mais sans avoir eu l’occasion jusquelà de travailler ensemble. Dans le cadre du projet de la conserverie, nous avons tissé des liens d’amitié avec grand plaisir, lors de nos réunions de travail sur la muséographie et la scénographie. Nous nous retrouvions tous en mairie régulièrement pour des sessions de travail qui duraient parfois la journée entière. Ces journées étaient marquées de moment de convivialité, notamment lorsque nous déjeunions tous ensemble. Je suis intimement convaincu que ces liens d’amitperdureront audelà du projet.

Dernier souvenir qui me vient à l’esprit et qui est source de fierté, ce sont les retours positifs que nous avons reçu de la part des visiteurs lors des Journées du Patrimoine. Messieurs Pierre Le Gall et Chapalain avaient initié ces visites de la conserverie dans les années 198090. Lors des toutes premières éditions des Journées du Patrimoine, je me rappelle être venu visiter la conserverie sous les commentaires de Pierre Le Gall, luimême ancien directeur de conserverie à St Guénolé, Quand nous avons repris le flambeau de ces visites, les retours ont été très positifs, ce qui fut particulièrement encourageant. Rencontrer le public fait partie des nombreux plaisirs que nous pouvons avoir par ce projet. Nous avons vécu des moments forts avec les visiteurs. Certains nous ont offert leur témoignage, d’autres des objets, telles que des poulies en bois qu’ils ont hérité dans les usines du Pays Bigouden. Ce sont des moments de partage et d’échange très précieux. Merci à eux !

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